L'Orne RadicaleParti Radical de gauche

Pour une croissance plus humaine

Les Echos
12/08/2016
Actualités du PRG

Nous vivons actuellement une période de transition et d'accélération, voire de brutalisation des mutations sociales, politiques autant qu'économiques ou technologiques, et bien sûr environnementales.

Or il est étonnant de constater que face aux défis, troubles, opportunités ainsi provoqués, beaucoup de dirigeants et analystes s'accrochent aux vieux modèles économiques. Comme si l'insécurité sociale, le chômage, les inégalités ou les crises cumulées alimentaires, sanitaires, climatiques au sud ne suffisaient pas à admettre qu'une nouvelle vision du développement, de la croissance est nécessaire. Le capitalisme et libéralisme font, ensemble ou séparément, l'objet de tentatives de réhabilitation ou d'adaptation. Mais cela restera insuffisant pour répondre aux défis de notre temps.

Ne pas le reconnaître est faire preuve d'un certain irréalisme, d'un entêtement aveugle. Aussi sporadiques et dispersés, voire ambigus soient-ils sur le globe, les mouvements d'indignation, d'alerte ou de refus sont croissants et aigus dénonçant une sorte « d'immobilisme », voire de « retour en arrière ». Comme si l'innovation politique était, a contrario de l'innovation économique, devenue impraticable. Ce serait une erreur de les négliger ou pire de les mépriser. Les affrontements entre forces vives dans notre propre pays constituant, de ce point de vue, un seuil d'alerte. Existe-t-il alors d'autres voies que celles offertes par les systèmes traditionnels ? Est-il possible, dans une approche « plurielle », de se tourner vers d'autres modèles ? Oui, il en existe ! En particulier, d'un bout à l'autre de la planète, celle d'une économie à la fois collaborative et démocratique, équitable et solidaire, reposant sur un mode de propriété à la fois privé et collectif ; cherchant à conjuguer efficacités civique, sociale, écologique, économique.

Les entreprises, organisations, qui se réfèrent à ces objectifs, agissent tantôt dans des marchés très compétitifs (banque, assurance, distribution, agriculture, industrie, recyclage...), tantôt dans des secteurs à caractère prioritairement d'utilité sociale ou écologique (santé, insertion sociale, services à domicile, Silver économie, accès aux énergies renouvelables...). Elles répondent à des exigences de progrès maîtrisés dans une perspective de développement respectueuse des personnes et des environnements en donnant à la « compétition » un sens... nouveau : plus humain. Ces entreprises s'appellent coopératives, mutuelles, entreprises sociales, associations, entreprises intermédiaires, fondations et appartiennent à l'économie sociale et solidaire (ESS). Plus d'un milliard de personnes sont d'ores et déjà en action avec elle dans l'ensemble des continents. Elle porte, en effet, de nouveaux espoirs de « développement humain ». En Europe, l'ESS représente 12 % de l'emploi.

Cette économie sociale et solidaire existe donc de par le monde et se développe. Elle est reconnue par l'ONU, trop peu encore par l'Europe. Elle l'est incontestablement en France (loi de juillet 2014, Fonds dédiés au sein de la BPI, conférences régionales de l'ESS...).

Mais au-delà de ces avancées, elle doit désormais devenir un partenaire, impliqué, dès l'amont, dans les stratégies publiques de changements en faveur d'un modèle dynamique et innovant de « croissance plurielle » : équilibrant efficacités civique, sociale, environnementale, économique et financière.

A l'ESS elle-même, en ce sens, de changer de dimension afin de peser pour que les Etats, les villes et territoires changent, eux, de « logiciel ». Une façon d'ouvrir une porte sur un autre avenir possible, plus mobilisateur.

Thierry Jeantet
Auteur de « L'Economie sociale, la solidarité au défi de l'efficacité » (La Documentation française, avril 2016)